Stigmata Doloris 2008

Textes 1- Rêves héroïques...

Avertissement : ce texte est destiné aux hommes parce que le personnage est un homme, mais l'acteur principal est une femme, aussi, cette histoire leur est tout particulièrement dédiée.





Le léger souffle dans les feuilles de bambous provoque un frisson sur le jardin.

Le soleil apaise la fraîcheur de sa douce langueur presque pesée, décidé à envelopper l'air humide pour chauffer l'immense calme.

Au milieu de l'herbe rase, le bassin délivre un peu d'espace aux poissons immobiles.

Le grand saule penche ses rameaux sur la surface de l'eau en ombrelle jaunie, pour mieux cacher ce havre paisible.

Un parfum vogue depuis quelques fleurs de la haie, pour prendre le pêcher sous sa compagnie.

La robe du yucca dresse ses piques acérées sous les corolles immaculées, sans effrayer les papillons oranges.

Caché derrière les buissons, vous observez.

Seule, Soyeji, assise sur l'herbe bonace, regarde en silence les branches balancer sous le ciel. Elle caresse le gazon de sa main, se berce des yeux avec les libellules bleues.

Penchée sur un bras, son kimono glisse de son épaule.

Avec douceur, elle replie ses jambes sous elle puis se lève. Elle marche un peu, les pieds nus, dans le jardin, parmi le repos, la paix.

Elle parle aux oiseaux, observe les jeux de lumières or, rouges ou bleues que le ginkgo disperse par ses feuilles en losange.

Une orchidée dépose sa larme de rosée sur le peignoir de Soyeji qui s'ouvre puis laisse un genou effleurer une gerbe d'arums.

Vous la suivez sans vous faire remarquer.

Une fois sa promenade achevée, elle prend la voie de la maison.

Elle passe par le rideau fin pour descendre sur le sofa paillé.

Le soleil éclaire la pièce d'une lumière blafarde, qui la rend sereine.

Un ficus couvre la cloison de gauche alors qu'une large lampe repose près des coussins de soie noire du sofa.

Elle s'allume avec du camphre, le soir, quand la lune manque.

Un grand bol verni renferme de l'eau parfumée au jasmin de Wang Heu.

Soyeji l'ouvre afin d'en prendre dans le creux de sa main pour en laisser couler sur son cou.

Le rideau ondule quand le souffle se propage dans le salon.

Sans respirer, vous observez la scène.

Soyeji dépose une braisière pleine d'eau sur un léger feu.

Puis elle se dirige vers la seconde pièce fermée par un voile clair.

Le lieu semble moins grand.

La lumière passe par un panneau blanc de papier fibreux, éclaire les murs de liège, se perd dans une large vasque d'eau fraîche.

Un grand miroir surplombe le bain.

Soyeji libère des fleurs séchées d'un écrin de bois précieux pour les parsemer sur l'eau, puis repose le joyau près de son éponge.

La chaleur baigne aussi la pièce.

Vous vous avancez vers la cloison pour passer l'½il dans un creux pour admirer la jeune femme.

Soyeji s'approche de la vasque ronde remplie d'eau parfumée.

Elle délace avec douceur le cordon de son peignoir de soie blanche.

Elle l'ouvre, posée, sa peau se découvre. Elle le laisse glisser le long de ses épaules, de ses bras, crisse jusqu'aux hanches, effleure les jambes pour s'amasser sur ses pieds.

Puis elle plonge la main, une jambe, pour imprégner enfin son corps.

Elle s'assied au fond de la vasque d'eau fraîche, la peau apaisée par le froid du parfum de myrrhe.

Elle s'allonge en arrière pour s'immerger la figure, sans respirer quelques secondes, puis lève le visage hors de l'eau, qui ruisselle sur ses joues, son nez, perle sur ses lèvres.

La caresse aqueuse berce son corps avec les effluves d'acajou mouillé.

Elle passe la main sur le fond de la baignoire, puis sur ses pieds menus.

Sa main frôle ses chevilles, puis ses genoux.

Elle prend l'éponge pour se passer des calices de fleurs séchées sur les bras, les épaules, le dos cuivré, d'une odeur de prunelle.

Le frisson murmure sur sa peau humide pour ouvrir ses pores.

Que sa caresse se poursuive !

Près du nombril, sur ses seins pleins, dressés en éveil.

Vous percevez une envie lourde, chargée de sueur, de désir, les mains mouillées, un besoin à rassasier.

Elle se prélasse encore dans l'eau ondulée puis se lève, exhalée.

Elle laisse les larmes du bain lui dessiner des rayures d'or sur son corps.

Elle décroche un drap de lin pour se sécher, se regarde dans la glace, s'enroule jusqu'aux épaules. Elle s'essuie la chevelure de jais hors du bain, la lisse avec un peigne d'ivoire fin. Puis elle gagne le séjour, dans son grand drap gris.

Elle s'assied, à genoux sur le sofa, dans la minuscule maison où seul le son de l'eau qui va bouillir sur le feu perce la chaleur calme.

Soyeji allume un peu d'encens pour réveiller la pièce basse.

Le bain ne l'a pas assez rafraîchie.

Déjà sèche, elle prend un flacon d'huile ambrée qu'elle repose près d'elle.

Elle dégage le lin de son cou avec douceur, puis de ses bras, de ses hanches, de ses pieds.

Elle verse un peu d'huile dans sa paume pour oindre son corps nacré.

Elle dilue le liquide doré sur le cou, se caresse l'épiderme d'une douceur lascive, avec envie.

La pression grasse sur la peau vous appelle, vous crée une faim incommode de la rejoindre. Son corps nu exposé au regard vous provoque.

L'index glisse depuis la clavicule jusqu'à l'épaule, puis arrive au bras, au coude, regagne le plexus pour effleurer les deux globes ronds. Le majeur l'accompagne avec le pouce vers l'aréole, danse sur les abdominaux ou les hanches.

Le massage lubrifie les membres doux, avive l'envie.

La main huilée de Soyeji semble parcourir ses cuisses avec une harmonie sensuelle, presque lubrique.

Le pouvoir charnel dirige son index vers son pubis en éveil, parsemé de minuscules poils fins à peine discernables.

La course de l'index gagne le creux encore humide de la fissure brune dans un soupir rauque. Plonge vers la passion profonde, échauffée par les sens.

Sous vous, le sol en bois craque soudain dans un son sec, déclare la présence d'un inconnu.

Soyeji se fige, la peau nue, le regard vers vous.

Rouge ou confus, érigé, vous ne percevez aucun son pour vous excuser.

Dans un sourire, elle vous déclare :

- Je vous sers le thé ? !



Texte par  Jak
Lun 18 aoû 2008 Aucun commentaire