Stigmata Doloris 2008

Textes 1- L'elfe écarlate



L’elfe écarlate.

Hyperborée, terre de contraste où la glace omniprésente côtoie le feu des volcans, où le blanc de la neige est teinté du rougeoiement de la lave qui s'écoule en fleuves rubis.

Dans ces contrées oubliées, vivent des hommes rudes, exilés dans ces terres mais libres dans leur âme.

Une aube glacée vint à poindre quand Guenard, le forgeron se retourna dans sa couche.

Ses muscles tressaillent, un frisson le parcourt, lui pourtant habitué aux contrastes de températures ressent l'imperceptible changement qui annonce l'arrivée proche de l'hiver boréal, plusieurs mois d'obscurité sur ces terres oubliées du soleil et des dieux.

Mais Guenard sent autre chose, une présence proche et lointaine à la fois, une impression de légèreté, quelque chose de bizarre, une odeur différente de celle de la forge, des hommes ou des animaux.

Le forgeron tend la main vers l'imposante épée déposée près de sa couche, il se redresse faisant tomber les peaux qui recouvrent sa puissante musculature.

Chaque muscle de son corps se tend faisant ressortir les formes et courbes de son torse et de son fessier.

Oui, il a bien ressenti cette présence infime qui est près de lui…

Il se lève et se met à courir vers l'entrée de la forge, d'un geste rapide, il écarte la lourde peau d'ours qui empêche le froid de rentrer et … rien.

Personne, même pas une ombre furtive, seule une odeur différente et au sol…quelque chose d'inconnu pour lui, d'abord une couleur différente du vert de la mousse ou des rares fougères, une couleur semblable au sang des hommes, au sang de la terre, une couleur écarlate…et puis cette chose rouge, ayant l'air fragile, légère et magique à la fois, une fleur…

Guenard est intrigué, il tend la main pour prendre cette chose qui est là, juste près de lui et soudain cette chose, cette fleur se disperse en pétales qui retombent sur le sol.

Le forgeron a été trop brusque, trop rapide aussi…

Le mystère reste complet pour lui.

Les jours passent, et chaque matin, Guenard retrouve ainsi, une fleur écarlate au seuil de la grotte qui lui sert de forge, chaque matin, il sent aussi la présence de quelqu'un, un parfum inconnu.

L'homme est curieux, il se pose des questions et sans aucunes réponses, il décide de descendre vers la vallée de feu, là où des Anciens ont établi un campement.

C'est ainsi que vêtu de son pagne de cuir, son épée attachée dans un fourreau fixé sur le dos, une peau recouvrant ses épaules, Guenard entrepris cette descente.

Les heures passent, et la progression est rendue pénible par les cailloux pointus qui jonchent et parsèment le mince sentier abandonné.

Enfin, dans la brume de la nuit qui tombe, Guenard entend les aboiements des chiens et la lueur des feux de camp.

Une sentinelle a vite fait d'apercevoir le colosse qui à la manière d'un félin se déplace en silence, en souplesse.

-Qui es-tu étranger ?

-Je suis Guenard, le forgeron d'Olympe et je viens voir vos anciens car j'ai besoin d'une réponse.

-Dépose ton arme si tes intentions sont saines sinon assume tes responsabilités dit la sentinelle en pointant sur Guenard une puissante arbalète dont le carreau pourrait embrocher un tigre des montagnes.

-Je le fais de bon coeur car mes intentions sont saines et mes pensées sont pures.

Et le forgeron, laissant tomber la pelisse, déboucle le baudrier laissant glisser au sol son épée d'orichalque.

-Guetteur, je te confie cette compagne des bons et mauvais jours, seul souvenir de mes ancêtres.

-N'ai craintes, j'y veillerai comme l'aigle sur ses poussins.

Et c'est ainsi que Guenard entra dans le camp des Anciens sous l'oeil de jeunes donzelles qui étaient attirés par la silhouette musclée du colosse.

La tente du conseil des Anciens était au centre du campement, elle différait des autres par la texture de la toile, les dessins qui l'ornaient et cette impression d'un âge d'or perdu…

Guenard ne dût pas s'annoncer, une voix l'invita à entrer.

-Rentre, forgeron, nous savions que tu arrivais et nous t'attendions.

L'homme ne se pose pas de question car il sait qu'il n'aura pas de réponses quant à savoir le comment du prodige.

-Si tu viens à nous avec des intentions pures, c'est que l'homme que tu es, n'a pas de réponses à ses interrogations.

Nous t'écoutons…

-Anciens, depuis plusieurs jours, chaque aube, je retrouve devant ma forge, ceci…et prenant une pochette qu'il ouvre délicatement, Guenard laisse tomber les pétales écarlates sur le sol.

Un silence accompagne la chute des gouttes rubis qui se posent délicatement sur les tapis qui recouvrent la terre aride de la vallée.

-Guenard, car nous connaissons ton nom, celui de ton père et de tes aïeux, nous savons t'apporter une réponse mais cette réponse sera un nouveau mystère pour toi.

-Une réponse suffira à combler mes interrogations, un autre mystère comblera ma soif d'aventures.

-Ceci est la marque d'une elfe écarlate, les créatures qui hantent ces contrées, les premiers habitants de ces terres de glace et de feu.

Rares sont les hommes qui ont l'honneur de recevoir cette marque d'intérêt.

L'elfe est craintive, fragile et sensible, un rien suffit à la faire fuir mais celui qui comble une elfe écarlate trouvera en lui la force nécessaire pour rendre à celle-ci, la force et le courage qui la rend si femme, femelle, esclave d'un Maître à  jamais.

-Mais je ne suis le maître de personne, je suis un homme libre et je ne peux concevoir d'être le Maître de quiconque…

-Etre le Maître ne veux pas dire être celui qui "ordonne" et se "satisfait" égoistement, être un Maître c'est combler, être à l'écoute, être un Maître c'est se livrer aussi à cet être meurtri et lui redonner vie, la protéger de ses ennemis et des bêtes fauves qui rôdent tel un loup dans la nuit.

Un elfe a besoin d’appartenir à quelqu’un pour mieux s’épanouir, pour mieux retrouver cette liberté.

C’est le paradoxe des elfes écarlates, ils sont fragiles et libres et doivent se soumettre aux jeux et plaisirs d’un Maître pour renaître…

Il fut un temps où ceux-ci vivaient en harmonie avec les hommes mais beaucoup furent dupés et cela entraîna la disparition de la plupart d’entre-eux qui tel cette fleur, ne furent pas arrosé de tendresse et de puissance, d’amour et d’appartenance.

Ce qui t’arrive Guenard est exceptionnel, une elfe a reconnu en toi le Maître à venir, celui qu’elle recherche pour appartenir et se libérer à la fois.

-Je comprends ce que vous me dites mais, comment trouver cet être insaisissable qui est là, prêt de moi mais qui ne se montre pas.

-L’elfe t’observe depuis longtemps, Guenard, il décidera quand le moment sera propice pour se livrer à toi.

A toi de trouver la force et le courage, la grandeur d’âme de nos ancêtres, pour s’unir a elle et la combler.

Mais, plus l’elfe t’appartiendra et se donnera à toi, plus il s’épanouira et se libèrera du carcan qui l’emprisonne.

La délivrance de cette appartenance sera pour toi un moment de souffrance, ton coeur et ton âme seront déchirés, tu ne seras plus unique, tu seras deux êtres à la fois, un homme et un loup…

-J’ai du mal à comprendre l’Ancien…

Je ne saisis pas cette idée de deux êtres à la fois, comment peut-on être un forgeron et un loup ?

-Tu seras homme et loup comme l’elfe sera libre et soumis…

Je ne peux pas te dire plus car tu devras choisir en suivant ton coeur.

Tu peux remonter sur Olympe et te remettre à ton travail, la route sera longue.

Guenard se retira, le trouble dans son coeur.

Il eut le temps d’échanger quelques objets d’aciers contre des vivres auprès des rares marchands du campement et reprenant son épée, il se remit en route.

Le trajet fut long et pénible, Olympe est un volcan gigantesque, les rares sentiers qui restent sont souvent impraticables, la montée est rude et parfois ceux-ci côtoient des ravines au fond desquelles coule un flot de lave.

Guenard était troublé par les paroles de l’ancien…

Perdu dans ses pensées, il ne sentit pas le froid du crépuscule qui arrivait.

Un frisson lui parcourut l’échine et l’homme regarda autour de lui.

Ici et là des plaques de glace parsemée sur un champ de pierre et de sable ocre, un crépuscule rougeoyant…

Il était urgent pour lui de trouver une « source » pour pouvoir passer la nuit à l’abri du gel.

Le forgeron avait l’instinct des hyperboréens, celui de ses ancêtres nomades, celui de survie.

Se servant de la configuration du sol, des pierres et de son odorat, il trouva bientôt une « source », une fumerolle de soufre qui jaillissait d’une faille de la roche.

Il prit son épée et la brandit, frappant du tranchant une pierre qui se trouvait juste à côté du jet malodorant.

Au contact de l’orichalque, le caillou se fend laissant échapper quelques étincelles qui enflamment la fumerolle.

La chaleur commence à envahir l’endroit où se tient Guenard, la lumière jaunâtre et aveuglante illumine les alentours.

Il se blottit au creux d’un rocher et referme son esprit sur lui.

Les sens en éveil, l’esprit se désincarne, le forgeron s’endort.

Il rêve mais ne sait si ce n’est pas la réalité…

Il la voit, l’entend, la respire, elle est là…

Mince, éthérée, de longs bras, un regard perdu, en attente d’une étreinte.

Il sent et ressent le besoin d’appartenance de cet être fantomatique qui ondule devant lui.

Derrière le tulle clair qui la recouvre, il découvre un corps fragile, des petits seins qui sont offerts tels des joyaux, un sexe nu, offert à son regard.

L’envie de la toucher lui prend, l’envie animale de la posséder aussi, quelque chose d’ancestral.

Il ne peut bouger, ses membres sont de pierre, elle se penche vers lui et dépose un baiser sur ses lèvres.

Le trouble le gagne, il voudrait pouvoir faire un geste mais rien ne fait, l’envie est là, l’envie de la caresser, l’envie de jouer avec elle, l’envie de se sentir en elle, de la remplir de sa semence.

Il se réveille en sueur…

A ses pieds, une fleur écarlate !

Guenard l’a vu, il a envie d’elle et pourtant elle s’est évanouie dans l’obscurité glaciale.

Il se recroqueville à nouveau, le reste de la nuit se passe sans songes, ni pensées.

Quand l’aube arriva, Guenard avait déjà repris le chemin, et il arriva bientôt au pied de la falaise, là ou se trouvait sa forge.

Son regard parcourut l’horizon, son regard s’attarda sur les débris de métal éparpillés autour de lui, un métal oxydé qui se perdait dans le sable et les rochers.

Le reste de la journée, il rassembla des morceaux qu’il emporta au fond de la grotte.

C’est ainsi que le forgeron faisait ses réserves de métal avant que la neige et la glace ne recouvre tout.

Dans les tunnels, abrités du froid, l’homme mettait à l’abri ce qui lui servirait durant ce long hiver à venir.

Parfois, au détour d’une pièce rouillée, des signes énigmatiques, les mêmes signes repris sur la tente des Anciens.

Guenard savait que peu d’hommes connaissaient la signification de ces signes, une «écriture » disait son père, un moyen de raconter les choses et les évènements, un moyen de raconter les «rêves » aussi.

La nuit tombe rapidement, le froid poussé par des rafales de vent de plus en plus fortes commence à givrer les rochers et s'insinue dans les couloirs de la grotte du forgeron d'Hyperborée.

Guenard se déshabilla, laissant ses muscles fortifiés par le rude travail tressaillir sous la morsure du froid.

Il se glissa sous les fourrures qui lui servaient de couche et éteignit la lampe à carbure.

Le sommeil vint à pas de loup, s'emparant de l'esprit du forgeron.

Une brume rougeâtre gagna ses rêves, ceux d'une époque révolue, d'un exil à travers le temps et l'espace, une fuite éperdue pour un peuple en recherche d'identité et de liberté.

Et dans ce tourbillon de souvenirs ancestraux, l'image d'une elfe qui apparaît, identique à ses souvenirs, une image qui le trouble.

Guenard ne sait si il rêve ou si il se retrouve dans une certaine réalité.

L'elfe se penche vers lui, la main gracile écarte les couvertures et une bouche gourmande commence à flâner sur le corps de l'homme.

Les frôlements, les caresses de l'elfe provoquent des vagues de plaisirs, le sexe du forgeron se gonfle de désir, un bras sort et serre contre lui l'être qui se plaque contre son torse en poussant des gémissements et des petits cris.

Elle se fond, se donne complètement, dans l'ardeur de la passion, Guenard la soulève dans ses bras et la dépose sur la couche, glisse sa tête et goûte au sexe qui s'ouvre à ses coups de langue.

L'elfe s'agite, se trémousse, gémit de plus belle, ses cuisses se serrent autour du cou de l'homme qui fouille avec passion les chairs humides et offertes.

La langue s'enfonce en elle, il goûte aux parfums des fleurs qui se glissent dans ses narines, l'envie est de plus en plus forte, il veut la posséder, la prendre, la remplir de son sexe.

La créature mythique tend ses bras et prenant les sangles de cuir qui pendent, elle s'attache, se cambre et hurle tel un animal, une femelle en chaleur, une louve en rut…

Guenard se redresse et il détache la ceinture de son baudrier, une sangle de cuir qu'il brandit et abat sur le corps offert.

La sangle marque le corps offert, les gémissements de plaisir que pousse l'elfe envahissent les couloirs de la grotte, ceux-ci font place à des hurlements de douleur, des hurlements de plaisir aussi.

L'elfe n'a pas de limite, il offre ses chairs entièrement au risque de les déchirer, elle écarte les jambes et de son sexe humide des flots de plaisir s'écoulent.

Le forgeron détache l'elfe et la prenant dans ses bras, la conduit vers sa forge.

La chaleur du brasier réchauffe les deux êtres mais des envies folles viennent, des idées d'attaches, des idées de plaisirs interdits…

Utilisant le crochet fixé dans la voûte de la forge, l'homme prend une sangle qu'il attache, formant une boucle autour du cou de l'être diaphane.

Il se sert d'une chaîne pour étirer les bras de l'elfe qui ne peut plus bouger malgré ses efforts pour se détacher.

Il lui bande les yeux avec une rude étoffe odorante, elle se retrouve dans l'obscurité, offerte et soumise, au prise avec ses doutes et ses envies d'elfe écarlate.

Guenard quitte la pièce pour rejoindre la "réserve", l'endroit où ses ancêtres ont déposé des instruments de plaisir, cuir et métal, bois et cordage.

L'elfe est seule, le doute la prend, une peur ancestrale, cette peur de l'abandon, elle s'agite, crie, hurle, se demande où le forgeron est passé…

Ses muscles s'abandonnent, elle n'est plus qu'un objet de souffrance, un objet de plaisir…pour un mâle absent.

L'homme entend les plaintes de l'elfe qui se mélangent avec le bruit de la tempête qui fait rage dans l'obscurité extérieure.

Guenard se presse et retrouve le petit être fragile qui gémit, terrassé par ses peurs et ses angoisses.

Il la détache, elle se glisse doucement à ses pieds, des larmes coulent sous l'étoffe rugueuse, des sanglots qui éclatent comme une consolation.

Le forgeron caresse cet être fragile qui s'abandonne à lui, il la soulève et plaque contre son bas-ventre, ce pubis diaphane, se presse contre elle et s'enfonce dans un sexe avide de sa présence.

Des cris et des gémissements envahissent la forge, la lueur du brasier crée des ombres fantasmagoriques qui se tordent et se trémoussent.

Guenard sent le plaisir qui monte en lui mais il sait que c'est trop tôt, que ce n'est pas le moment de se lâcher…

Il relève le bassin qui se presse contre lui et voit le regard éberlué de l'elfe qui ressent le vide en elle.

Reprenant les cordes, l'homme entrave les mains et les pieds de l'être éphémère dont le regard marque une surprise mêlée de joie et d'envie.

Il laisse le corps au sol et s'empare d'un martinet aux longues franges qui s'abattent sur le corps qui s'agitent de plus en plus, offrant à la morsure des sangles des chairs avides de douleurs et de sensations.

L'elfe remonte les mains pour protéger ses seins mais plus les coups pleuvent, plus ses jambes s'écartent laissant entrevoir la corolle humide de son sexe.

Le corps offert appelle les coups et les sensations fortes qui arrivent en flots de douleurs.

La peau se recouvre de marques écarlates qui provoque la plus grande excitation chez Guenard.

Il se couche sur elle et la pénètre violemment.

Elle se trémousse, son corps se tords, s'agite, elle essaie de s'échapper de l'emprise du forgeron mais rien ne fait.

Plaqué au sol, le plaisir d'être prise, dominée est le plus grand.

Le rythme s'accélère, la bouche de Guenard cherche la pointe des seins offerts, elle s'offre à lui pleinement.

L'homme sent en lui, ce besoin de mâle de posséder, prendre et donner à la fois.

Ensemble, ils hurlent en même temps, leur jouissance se mêle se confond en des torrents de cris, halètements, secousses.

Il s'écroule sur elle, prononce des mots oubliés, le sommeil et la fatigue le surprennent.

Une brume envahie son esprit comme la caverne…

Il s'assoupit, son corps fusionnant avec l'être diaphane.

Le temps passa, Guenard commença à s'agiter, sa main tâtonnant pour retrouver celle qui s'était donnée à lui, mais rien, aucune trace sinon un parfum envoûtant de fleurs.

Il se leva et à la lueur des torches essaya de retrouver des signes de son passage.

Rien, il sentit un vide, quelque chose comme une morsure de loup dans sa poitrine.

Le temps passa de nouveau, une plus longue période.

La nuit tombait, une nuit glaciale, une obscurité de plusieurs mois que seule la lueur des volcans pouvait entamer.

Guenard se pencha vers la fleur qui était à ses pieds, une fleur rouge déjà recouverte de cristaux de givre.

Il se rappela…

En lui, il ressentit une douleur inconnue, quelque chose qui lui faisait mal et il se mit à hurler, une longue plainte lugubre qui monta vers les deux lunes d’Hyperborée.


Grand Nord Janvier 2006 

Mar 19 aoû 2008 Aucun commentaire